Le Courant pour l’écologie humaine n’est ni un parti ni un “think tank” de plus

Article paru dans Famille Chrétienne, le 16/05/2014. Par Olivia de Fournas

 

©CIRIC

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Mercredi 21 mai se tient l’étape parisienne du « Tour de France pour une écologie humaine » (1), autour de Tugdual Derville, Pierre-Yves Gomez et Gilles Hériard Dubreuil. C’est le premier événement public du Courant pour une écologie humaine depuis son lancement, le 22 juin 2013. Interview de Tugdual Derville, co-initiateur du mouvement.

Dans un article de Reporterre, Noël Mamère vient de prendre la défense de José Bové, qui a déclaré incompatible la PMA avec les valeurs écologistes. Sont-ils dans la ligne de l’écologie humaine que vous prônez ?

Il y a une logique à ce qu’émerge enfin ce débat interne au parti écologiste sur la prise en compte de l’être humain. Noël Mamère, qui soutient le questionnement de José Bové à propos du transhumanisme, et moins clairement de la PMA, tente peut-être de renouer avec les racines du développement de l’écologie.

Pour ma part, j’ai été encouragé par Jean Bastaire, un grand écologiste chrétien. Au sein du Courant pour une écologie humaine, nous avons le souci de la protection de l’homme dans son environnement, qui inclut à la fois l’être humain et le contexte dans lequel il vit. L’écosystème de base est la famille, pas seulement la famille nucléaire déconnectée de son environnement, mais celle qui s’inscrit dans une famille élargie et intergénérationnelle (cousins, oncles et tantes…). Notre société a besoin de le redécouvrir ; sinon, elle risque l’éparpillement et l’abandon des plus faibles.

Quel est l’enjeu du Courant pour l’écologie humaine ? Est-il aussi un mouvement écologique ?

L’écologie humaine intègre une saine écologie environnementale. L’enjeu de notre courant est de prendre soin de toute personne dans son contexte de vie et de faire en sorte que chacun se sente responsable de la société dans laquelle il vit. Le courant dépasse la logique contestataire ; il entend construire la société.

Pour cela, il s’appuie sur un parti pris anthropologique assez audacieux : celui de la bienveillance. C’est-à-dire veiller au bien de l’homme. Toute personne qui entre dans le courant est invitée à l’exercer vis-à-vis de personnes concrètes et à entrer dans un groupe de travail, appelé « alvéole », pour faire rayonner la bienveillance dans son domaine d’activité.

Chaque semaine, de nombreuses alvéoles se créent autour de divers sujets, comme l’agriculture, la consommation, l’art ou la bioéthique. Par exemple, un groupe de femmes qui promeuvent le statut de mère au foyer, ou des citadins concernés par l’hypergaspillage.

Nous ne sommes donc pas un parti ou un think tank. La logique politique est belle, mais toute logique écologique dépasse les partis. Nous partageons l’humble ambition de changer la société. Et pour la changer, il faut accepter de changer soi-même.

Vous définiriez-vous comme un courant chrétien ?

Les chrétiens ont un atout qu’ils peuvent partager avec d’autres personnes. Ils savent que, pour changer le monde, ils ne doivent pas cesser de se changer eux-mêmes et ils savent aussi qu’ils ne peuvent pas rester seuls. Ce n’est pas par la force, mais en agissant ensemble et en partageant leurs talents qu’ils pourront changer le monde.

Un autre critère du changement est la vulnérabilité. Il nous faut assumer que nous sommes pleinement interdépendants.

L’anthropologie que nous partageons, la bienveillance, la dignité de l’homme comme une expérience d’émerveillement, a une dimension universelle. Nous récusons une société de la défiance et de l’individualisme : l’homme est fait pour partager. Nous proposons une vision de l’homme fondée sur la confiance.

Cependant, à l’aulne de la diversité des personnes qui nous rejoignent, le Courant pour une écologie humaine n’est pas un mouvement chrétien. Mais il accueille pleinement la dimension spirituelle propre à l’être humain.

Vous avez déjà participé à plusieurs étapes de votre « Tour de France ». Par quoi avez-vous été particulièrement marqué ?

J’ai été marqué par l’immense attente des gens derrière ce concept d’écologie humaine. Il vient soulager leur sentiment d’être dominés par un système de toute-puissance. Les participants n’ont pas l’impression d’adhérer à un nouveau mouvement, mais d’entrer dans une démarche de changement. C’est plus exigeant et beaucoup plus prometteur.

Il faut faire une différence entre le Courant pour une écologie humaine et l’écologie humaine que chacun peut vivre à sa façon. Le fait de la théoriser la fait grandir. Quel que soit le lieu où l’on vit, de nouvelles pratiques peuvent permettre de mieux construire ensemble cette société. Les sujets peuvent être très concrets : comment humaniser les relations dans les syndics d’immeubles ? Les normes servent-elles ou tuent-elles l’altruisme ? Comment travailler en servant les autres ? Il suffit simplement de prendre soin de son voisin, parfois !

Qu’attendez-vous de la soirée parisienne du 21 mai (1) ?

Il y aura les trois co-initiateurs du courant et de magnifiques témoins, et nous espérons donner envie de fonder de nouvelles alvéoles en Île-de-France. Ensuite, nous allons rédiger les « cahiers de bienveillance », une expression de Pierre-Yves Gomez inspirée des cahiers de doléances… Construire une société de bienveillance, n’est-ce pas révolutionnaire ?

Nous parlerons aussi des trois primautés anthropologiques : celle de l’être sur l’avoir, de la relation sur l’activité, et de la tendresse sur l’autonomie. La tendresse est une réponse, qui manque parfois aux « bien portants ».

Quelle est la prochaine étape ?

Rendez-vous aux 1res Assises de l’écologie humaine, qui auront lieu les 15 et 16 novembre, à Paris.

 

(1) Le mercredi 21 mai à 20 h 30 à l’espace Boissière, 69, bis rue Boissière, 75116 Paris.

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