Sacrée écologie humaine

Entretien avec Tugdual Derville.
Propos recueillis par Frédéric AIMARDColloque Rome.jpg

Dans quel contexte avez-vous entendu le pape François parler d’écologie humaine ?
Nous étions au Vatican, le 17 novembre dernier, au colloque interreligieux organisé par la Congrégation pour la doctrine de la foi sur la complémentarité homme-femme dans la famille. C’est devant les représentants de quatorze religions que le Pape a lancé, dans son discours d’ouverture, cet appel à « promouvoir une nouvelle écologie humaine ».
Il venait de faire le parallèle entre le défi environnemental et le défi de la famille, avant d’affirmer que « les milieux sociaux comme les milieux naturels ont besoin d’être protégés ». Selon lui, la crise de la famille a « apporté une dévastation spirituelle et matérielle à d’innombrables êtres humains, en particulier aux plus vulnérables » et causé une « augmentation de la pauvreté », dont les premières victimes sont « les femmes, les enfants et les personnes âgées ». C’est pour le Pape cette « crise de la famille » qui est à l’origine d’une « crise de l’écologie humaine ». Car, a-t-il ajouté, la famille constitue l’un des « piliers fondamentaux » d’une nation, parmi « ses biens immatériels » les plus précieux.

Est-ce cette même écologie humaine que prône votre Courant, qui tient ses premières grandes Assises les 6 et 7 décembre prochains ?
Exactement. J’ai trouvé magnifique d’assister à cette allocution du pape François devant des auditeurs de toutes sensibilités spirituelles. L’écologie humaine est un point de rassemblement naturel pour l’Humanité. Entendre ensuite pendant trois jours les représentants de religions parfois millénaires parler avec une grande profondeur de la complémentarité père-mère dans la famille m’a beaucoup touché. Je pense à ceux que nous appelons nos « frères aînés » du judaïsme comme à de multiples dénominations chrétiennes, mais aussi aux représentants des spiritualités issues de l’Orient. Un film nous a été projeté en avant-première, en six épisodes. Intitulé Humanum, il illustre l’universalité du mariage homme-femme. Il est disponible sur Internet dans sa version française. Qu’un même regard sur la famille transcende les différences culturelles et religieuses montre que cette famille que nous chérissons est un signe de la transcendance.

La transcendance, est-ce une dimension que prend en compte le Courant pour une écologie humaine ?
Heureusement ! Lorsque nous parlons de protéger « tout l’homme et tous les hommes » au sein de leur écosystème, nous pensons à ses caractéristiques physiques et psychologiques mais aussi spirituelles. Sans oublier la famille, les cultures, les nations… et la planète fragile ! L’homme est par essence un animal spirituel. Il s’interroge sur le sens de sa vie. Il a soif de comprendre d’où il vient et où il va, au-delà de la mort. Les anthropologues ont relevé l’universalité des rites funéraires qui attestent cette quête proprement humaine. À ce titre, l’anthropologie du Courant se veut réaliste : l’homme n’est pas « un loup pour l’homme ». Ça, c’est de l’idéologie. L’homme est plutôt « fait pour se donner », puisqu’il commence par « se recevoir ». D’où notre parti pris de la bienveillance, de la construction du « commun » et de la vulnérabilité. Ce sont trois principes qui se vérifient dans la famille et qui sont aux antipodes des illusions prométhéennes de l’autonomie toute-puissante. J’ajoute que les promoteurs de « l’homme augmenté » assument, au contraire, le parti pris matérialiste et athée que le pape Benoît XVI dénonçait comme relevant d’une « raison close », fermée sur la transcendance, capable de graves dérives totalitaires contre l’homme.

Votre Courant, pour autant, n’est pas confessionnel ?
Il n’en a nul besoin, car nous agissons sur un autre plan, complémentaire. Ma foi catholique m’aide à m’engager au service de la justice. Mais le Courant ne saurait se substituer à une religion. Il est fait pour relier naturellement des personnes partageant cette anthropologie du don, ouverte à la transcendance. Chacun peut donc y venir avec ses croyances, et se relier fraternellement à d’autres tout en assumant sa foi. Un chrétien persuadé que Jésus est « le plus beau des enfants des hommes » sera heureux d’y bâtir avec d’autres des initiatives honorant l’être humain, dans sa beauté et sa vulnérabilité.

Le Pape a parlé d’écologie humaine à propos de la famille. Est-ce un sujet pour votre Courant ?
Bien sûr. Notre Courant est lui aussi né dans le sillage d’une « crise de la famille », au travers du mouvement de promotion de l’altérité sexuelle dans le couple de parents engagés dans le mariage. La famille est comme un patrimoine anthropologique menacé, à préserver pour les générations futures. Comme l’a encore dit le Pape, elle n’est ni « conservatrice », ni « progressiste » : « La famille est la famille ! » Si nous ne pouvons pas expliquer la famille, c’est parce que c’est elle qui nous explique. Elle est – en réalité – la toute première source du pouvoir légitime ici-bas. Quelle confiance faite aux parents, pour faire grandir leurs enfants dans l’amour ! Quelle responsabilité aussi ! Mais d’où provient pareille autorité, si ce n’est d’une paternité divine, la seule vraiment authentique ? Nous sommes tous nés d’en-Haut !

 Marriage, Cultures et Civil society, Série Humanum (épisode 6/6)
(Interventions de Tugdual Derville minutes 1:00 et 7:25,
pour analyser « le réveil de la France » autour du mouvement social de protestation contre la loi Taubira).

 

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