Écologie humaine intégrale (29 juin 2018)

Je reviens de l’assemblée générale de l’Académie pontificale pour la vie qui se tenait au Vatican en même temps que la visite très commentée d’Emmanuel Macron. Devant notre académie le pape a encouragé ce qu’il appelle « une bioéthique globale ». Cette bioéthique englobe « toute la vie et la vie de tous » à tous ses stades, c’est-à-dire le principe du respect de la vie mais aussi les conditions de cette vie.

Quelle tristesse pour les chrétiens de trop souvent se laisser enfermer dans une séparation forcée, où l’on prétend qu’il y aurait d’un côté les « sociaux » et de l’autre les « sociétaux » ! Peut-on se diviser selon une fracture politique artificielle entre gauche et droite, entre le souci des pauvres et celui des embryons, alors qu’il s’agit de la question globale de la dignité humaine, qui ne se partage pas ?

Justement, ce congrès 2018 de l’Académie pontificale pour la vie avait pour thème « Nés égaux, mais après ? » Ce thème fait écho à la façon dont le pape François, dans Laudato Si, s’interroge sur le sens de l’interdit du meurtre, si les riches volent aux pauvres tant de leurs indispensables ressources naturelles. Nous avons donc parlé à la fois de mortalité infantile et d’accès aux soins vitaux dans les pays pauvres, et de sélection prénatale et d’accès à la naissance dans les pays riches.

Un économiste nous a montré à quel point les inégalités en matière d’espérance de vie selon les pays sont liées à leur niveau de développement. Tellement plus de vies peuvent être sauvées quand on investit la même somme dans la santé des pauvres ! Je cite ce que nous a dit le pape : « Quand nous laissons les enfants à la pauvreté, les pauvres à la faim, les persécutés à la guerre et les personnes âgées à l’abandon, ne participons-nous pas au « sale travail » de la mort ? »

Mais sur quels principes agir ? Le pape a souligné l’importance de « l’anthropologie globale ». Sans rester « confinée à la morale ou à la loi », elle se centre sur ce qu’il a appelé « l’écologie humaine intégrale ». C’est la première fois que j’entends cette formule d’écologie humaine intégrale. Il n’y a pas d’un côté l’écologie environnementale, et de l’autre l’écologie humaine dont la somme ferait l’écologie intégrale. Car « il n’y a pas d’écologie sans anthropologie adéquate » a écrit le pape François dans Laudato Si. Pour être vraiment intégrale, l’écologie ne peut être qu’humaine, partir d’une conception de la personne qui reconnaisse qu’elle est digne, aimable et respectable, mais aussi responsable.

Écologie humaine intégrale (29 juin 2018)
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One thought on “Écologie humaine intégrale (29 juin 2018)

  1. Poyaud
    5 juillet 2018 at 20 h 44 min

    Une éthique de la responsabilité confiée à la personne humaine participe à la signification de l’humanité intégrale. Ainsi, celle-ci se manifeste dans la rencontre aimante, achèvement de la dualité –sans dualisme qui serait réducteur et périlleux dans un renoncement à une possible harmonie – du masculin et du féminin. Toutefois, il ne s’agit nullement d’effacer les personnalités des deux pôles : telle est la condition pour que, parmi les créatures, émerge leur altérité suprême.
    Ensuite, cette réflexion elle-même étendue au cosmos peut tirer un bénéfice fort d’une lecture intérieure et intégrale de tout être, comme nous y invite le philosophe de la nature et botaniste Hans André (XXè s) dont la pensée a été mise en valeur récemment par G. Siewerth et P. Ide. Pour ce botaniste, l’être, dans sa profondeur, est lumineux : il est caché aux mesures livrées par les instruments des scientifiques mais rayonnant dans l’horizon de l’intime et de l’ultime.
    A partir de là, se dessine le socle d’une saisie profonde de la connaissance d’un ‘réel intégralement signifiant’, dans une relation réciproque et asymétrique, caractéristique qui préserve des écueils de l’anti-spécisme ou de l’égalitarisme induits par le transhumanisme ou des radicalisations du ‘gender’.
    Le monde ainsi rencontré est comme ‘une tunique sans couture’ : il suggère alors une vision globale du savoir, sans nivellement appauvrissant mais avec un sens fort de l’accueil de ce qui est donné. Cette métaphysique du concret englobe le singulier dans son intégralité et l’universel dans son unité ; elle entre en résonance avec une vision de ‘l’être comme fécondité’ (E. Tourpe). D’aucuns pourront y voir une analogie entre le monde cosmique et une anthropologie où le fruit de l’amour a une place privilégiée, comme l’ont développé les papes successifs depuis Jean-Paul II.

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