Impossible cohérence ? (13 avril 2018)

J’étais lundi au collège des Bernardins pour la rencontre proposée par les évêques de France au président de la République avec des personnalités catholiques. Tous arrivés en avance, comme il sied, nous avons attendu l’hôte du jour en discutant. Occasion de faire le point, de nouer des contacts. On oppose trop souvent les chrétiens selon qu’ils ont – prétend-on – la fibre sociale ou la fibre sociétale. Mon expérience auprès d’enfants porteurs de handicap éprouve l’absurdité de séparer respect de la vie et soutien aux personnes fragiles. La richesse des échanges avec d’autres responsables associatifs le confirme.

Pour un peu, l’arrivée d’Emmanuel Macron, imposant le silence, nous aurait frustrés… En écoutant les humbles ou brillants discours, chacun a pu noter la priorité faite aux plus vulnérables et leur juste place au premier rang dans la hiérarchie de l’Église. Mon vieil ami d’À Bras Ouverts, Gilbert, originaire de Guyane, connu lorsqu’il avait 6 ans, a même pu saluer de son fauteuil électrique le chef de l’État.

Du discours de ce dernier, répondant à Monseigneur Pontier, je retiens un paragraphe magnifique : « Vous avez (…) établi un lien intime entre des sujets que la politique et la morale ordinaires auraient volontiers traités à part. Vous considérez que notre devoir est de protéger la vie, en particulier lorsque cette vie est sans défense. Entre la vie de l’enfant à naître, celle de l’être parvenu au seuil de la mort, ou celle du réfugié qui a tout perdu, vous voyez ce trait commun du dénuement, de la nudité et de la vulnérabilité absolue. Ces êtres sont exposés. Ils attendent tout de l’autre, de la main qui se tend, de la bienveillance qui prendra soin d’eux. Ces deux sujets mobilisent notre part la plus humaine et la conception même que nous nous faisons de l’humain et cette cohérence s’impose à tous. »

Si je loue cette reformulation par Emmanuel Macron de la cohérence de l’Église au service des fragiles, c’est sans naïveté : car il nous a « en même temps » demandé de « respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République » (comme si une loi gravement injuste ne souffrait ni contestation ni objection), et de renoncer aux postures « injonctives » pour préférer les « questionnantes » (pour ne pas dire relativistes). Peu rassurant pour la bioéthique en débat. Peut-on répondre aux transgressions par des questions ? Qu’on transpose au racisme ou à la peine de mort : adieu la cohérence ! La République peut-elle nous demander l’impossible ?

Impossible cohérence ? (13 avril 2018)
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