Quand amitié et handicap se rencontrent le temps d’un week-end

Article de Clotilde Rudent, paru sur Aleteia le 23 juin 2017.

Dans un témoignage brûlant d’amour, Tugdual Derville délivre un message d’espérance fort et accessible pour toute une société en manque d’humanité. « L’aventure À Bras Ouvert : un voyage en humanité » est son premier livre autobiographique dans lequel il retrace avec émotion l’histoire de cette association.

Tugdual Derville a 20 ans lorsqu’il vit une expérience bouleversante : c’est lors du pèlerinage national de Lourdes, en 1982, qu’il rencontre Cédric, un petit garçon atteint d’une lourde infirmité physique. « J’ai découvert l’humanité intacte derrière le mur du handicap. » À la fin du séjour, il veut perpétuer cet art de la rencontre et faire « tomber les murs qui séparent ceux que l’on dit bien portants — et qui ont aussi leurs peines et leurs fragilités — de ceux qui sont porteurs de handicap ».

Quatre ans plus tard, le jeune étudiant de Sciences Po lance l’aventure « À Bras Ouverts » avec une poignée d’amis et organise rapidement des séjours réunissant, en binômes, enfants handicapés et accompagnateurs bénévoles. Les objectifs sont simples : passer du temps ensemble, échanger des joies vraies, partager les difficultés, inclure chaque jeune dans toutes les activités et les conversations. Le but des séjours n’est pas de faire reculer le handicap ; plus qu’une visée thérapeutique ou éducative, c’est la relation humaine, simple et vraie qui prime.

Dans son ouvrage, l’auteur dévoile avec une modestie sincère les réussites, les échecs, les doutes, les joies et les peines qui ont accompagné le lancement du projet. On y lit les fruits d’une œuvre pleinement humaine à travers les yeux de son créateur qui, dans une extrême humilité, explique comment il a été l’instrument de la volonté divine. Aujourd’hui l’association, présente dans 11 villes de France, accueille jusqu’à 600 jeunes chaque année, perpétrant ainsi le dynamisme des débuts.

Le handicap comme réponse à une société malade

Sans angélisme, ni déni de réalité, « À Bras Ouverts » rend possible et favorise la joie simple et balaye les illusions du monde à l’aide du triptyque : amour, respect, fidélité. Dans un Occident malade, ce sont les plus fragiles qui ouvrent la voie vers la guérison.

L’homme se distingue du reste de la création par sa dimension spirituelle qui lui permet de ressentir la présence de Dieu parmi les plus pauvres. Comme Jésus le dit : « Des pauvres vous en aurez toujours » (Jn 12, 8). Alors plutôt que de cacher cette pauvreté que nous ne saurions voir, invitons la dans nos vie, à la manière de Tugdual Derville, en dépassant les préjugés et en pénétrant le mystère de la souffrance : « Je crois que pour beaucoup la rencontre avec l’humanité souffrante et différente fait réfléchir et résonne comme un appel à la vie intérieure, en quête de sens ».

Dans une société qui cultive le « totalitarisme de la performance », où la fragilité et la faiblesse sont incomprises, rien ne sert de chercher les responsables du malheur ; la rencontre avec les plus petits illustre à merveille la parole de Jésus à propos de l’aveugle-né : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » (Jn 9,3)

Joie et souffrance

La joie est le leitmotiv principal de « À Bras Ouverts ». Nous sommes tous confrontés à la souffrance, nul ne peut faire l’économie de l’épreuve. Et malgré le sentiment d’inconfort, de rejet, de colère que l’on peut ressentir face au handicap, les accompagnateurs de « À Bras Ouverts » font le choix de la « gravité heureuse », comme le dit Tugdual Derville, qui emprunte à la petite Thérèse de Lisieux sa définition de la joie :

« Ma joie, c’est d’aimer la souffrance,
Je souris en versant des pleurs
J’accepte avec reconnaissance
Les épines mêlées aux fleurs. »

Un des critères de l’humanisation est le consentement à la faiblesse, c’est l’accueil des épreuves dans la joie : « Le monde serait tellement plus sage s’il prenait conscience que bonheur et épreuve, joie et larme, crise et croissance sont compatibles ».

Un message d’espérance

Alors certes, Dieu seul est capable d’un accueil absolu, mais chacun peut faire l’expérience de « la spiritualité du pauvre » car la fécondité des plus petits est universelle. Aujourd’hui, le fondateur d’ABO poursuit son œuvre d’humanisation de la société avec l’association Alliance VITA qui se donne pour objectif de respecter la vie et la dignité de chaque personne humaine. Il y a là toute une culture de vie à développer ensemble, chacun à sa mesure, en commençant par regarder les personnes handicapées non pas comme un mystère inutile, mais comme des acteurs d’humanité ayant un rôle à jouer.

Quand amitié et handicap se rencontrent le temps d’un week-end
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