Affiches controversées sur le VIH

Article d’ Edouard de Mareschal paru dans Le Figaro, le 22/11/2016.DSC_1217

Les élus dénoncent une campagne sanitaire du ministère de la Santé à destination des homosexuels, estimant qu’elle véhicule une vision dégradante de la sexualité. La ministre Marisol Touraine parle de «censure», et porte l’affaire en justice.

«Avec un amant, avec un ami, avec un inconnu: les situations varient, les modes de protection aussi.» Le slogan s’affiche sur fond de deux hommes qui s’enlacent. Lancée comme une campagne sanitaire à destination des hommes homosexuels pour prévenir la transmission du VIH, le message véhiculé agace les milieux conservateurs qui dénoncent une vision dégradante de la sexualité. Depuis, les interdictions et les demandes de retrait se multiplient dans plusieurs municipalités de droite.

Le maire Les Républicains (LR) d’Aulnay-sous-Bois, Bruno Beschizza, a pris un arrêté mardi pour faire retirer les affiches sur l’ensemble de sa commune. Ce soutien de François Fillon dénonce une campagne «contraire aux bonnes moeurs et à la moralité», invoquant par ailleurs «la protection de l’enfance» pour justifier sa décision. Mardi soir, le préfet de Seine-Saint-Denis a introduit un recours contre cet arrêté devant le Tribunal administratif de Montreuil, en l’assortissant d’une demande de suspension de cette décision. Il juge en effet cet arrêté «manifestement illégal», «insuffisamment motivé», et dénonce un «caractère disproportionné évident». «Il s’oppose au surplus à un intérêt public pourtant incontestable, cette campagne nationale visant à prévenir des risques importants en terme de santé publique qui existent tant sur le plan local que national», a-t-il écrit dans un communiqué.

La veille, le maire LR d’Angers, Christophe Béchu -proche de Juppé-, a demandé à l’entreprise JCDecaux de retirer les panneaux à proximité des écoles, ce qui a été fait dans la journée, selon le site Ouest France. À Louveciennes, une affiche exposée face à la gare de la commune s’est «mystérieusement envolée», rapporte Le Parisien, après avoir déclenché des plaintes de riverains. Au total, une dizaine de villes sur les 130 où la campagne a été diffusée ont écrit à JC Decaux pour demander le retrait de l’affichage public. Une requête à laquelle la société est tenu de faire droit lorsqu’elle est formulée par écrit. Dans d’autres communes comme Châlon-en-Champagne ou Versailles, d’autres affiches ont été dégradées.

Lors d’un point presse tenu ce mardi, la députée filloniste Isabelle Le Callennec a dénoncé une campagne «choquante» qui porte «un message électoral en direction d’une communauté». Alors que la contestation monte, la ministre de la Santé Marisol Touraine a choisi mardi de porter l’affaire devant les tribunaux administratifs. «Pour la santé publique et contre l’homophobie, je saisis la justice après la censure par certains maires de la campagne de prévention du VIH», a-t-elle écrit sur Twitter. […]

«L’accusation d’homophobie est immédiatement brandie pour étouffer tout débat sur cette campagne publicitaire et annihiler la liberté de conscience et d’expression.»
Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita

Le choix d’un affichage public, notamment à proximité des écoles, a aussi choqué. «Ces affiches sont étalées à la vue des plus jeunes, qui ont le droit de grandir sans avoir à être exposés à la variété des pratiques sexuelles adultes», juge François-Xavier Bellamy. Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita, dénonce «la confusion entre le message sanitaire et un message politico-idéologique». L’ancien porte-parole de la Manif pour tous estime que «les promoteurs de cette campagne se comportent comme s’ils avaient une revanche à prendre sur le mouvement social de 2013» contre la loi Taubira. «Comme s’il y avait la volonté de provoquer pour susciter des propos inacceptables», estime-t-il, avant d’ajouter: «L’accusation d’homophobie est immédiatement brandie pour étouffer tout débat sur cette campagne et annihiler la liberté de conscience et d’expression.»

D’ailleurs, les accusations d’homophobies devraient plutôt viser le message publicitaire lui-même, jugent ses détracteurs. «Je ne suis pas certain que l’image véhiculée par cette campagne soit celle que les hommes homosexuels voudraient donner d’eux-mêmes», s’interroge Tugdual Derville.

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