« Ce qui se dessine est une emprise de l’État sur la procréation » (France Culture, 24 septembre 2019)

Tugdual Derville était l’invité du journal de France Culture le 24 septembre 2019, pour évoquer le Projet de loi bioéthique dont l’examen commence à l’Assemblée Nationale.

Émission à retrouver ici : (2’48 à 10’14)

 

Verbatim issus de cette émission :

Nous ne voyons pas de quel droit on priverait délibérément un enfant de son père, avec l’encouragement de l’État, les financements étatiques, le détournement de la médecine, en offrant à des femmes vivant seules ou vivant ensemble cette possibilité d’escamoter complètement le père.
Elles le font parfois par les « bébés Thalys » à l’étranger, ou par certains types de bricolage, mais contrairement aux pays anglo-saxons où il y a un utilitarisme extrêmement fort sur ces sujets et où il y a un marché de la procréation, ce qui se dessine en France c’est presque plus grave, un marché étatisé, c’est à dire une emprise de l’État sur la procréation, avec tout le corps social, vous , moi , qui sommes obligés d’être complices à mes yeux d’une très grave injustice, qui est de priver délibérément un enfant de toute référence paternelle.Ce n’est pas seulement quelque chose qui concerne quelques-unes ; ça me concerne, en tant qu’homme, en tant que père, d’être considéré comme accessoire, escamotable, éventuellement inutile.

À Alliance VITA, on écoute beaucoup de familles en difficulté, notamment des familles monoparentales, de femmes seules qui portent tout, et nous voyons les dégâts de l’absence, de l’errance, parfois de l’irresponsabilité des pères. Nous ne voyons pas de quel droit l’état organiserait cette fragilisation très forte du corps social qu’implique l’amputation pour un enfant de son père.

On abandonne la nécessité d’un couple homme-femme ayant des problèmes d’infertilité pour avoir accès à une PMA. Aujourd’hui il n’y a que 3% des enfants nés par PMA qui naissent d’un donneur. Dans la nouvelle configuration, 100 % viendront d’un donneur. On change totalement de mode de procréation. En passant de la couette à l’éprouvette, c’est tout le système procréatif qui change et qui se technicise ; on livre au fond à une techno-structure étatique, normée par la loi et des arrêtés, on livre la procréation à un arbitraire étatique au lieu de la laisser à l’intimité des couples.

Il y a un très grand scandale que j’ai dénoncé en discutant avec le président de la République lorsque j’ai dîné à l’Élysée ; s’il y a un sujet majeur à prendre en compte en France, c’est l’infertilité. Un couple sur 10 est concerné ; cette infertilité a des causes qu’il faut regarder en face : perturbateurs endocriniens, problèmes environnementaux et comportementaux, modes de vie, grossesses de plus en plus tardives…
Elle a aussi des thérapeutiques qui sont souvent abandonnées, par exemple les chirurgies tubaires. La lutte contre l’infertilité devrait être une grande cause nationale, qui rassemblerait l’immense majorité des personnes concernées par ces sujets.

La plupart des enfants qui vivent dans des familles monoparentales ont un père quelque part, et le savent. C’est parfois une séparation, ou un deuil. Là c’est tout autre chose ; on créerait délibérément des enfants sans père. Quelques uns existent qui ont subi cette amputation, ça ne veut surtout pas dire qu’il sont malheureux ou qu’ils ne sont pas aimés et choyés. Il n’en demeure pas moins que c’est une maltraitance originelle. Nous recevons des témoignages d’enfants qui ont souffert de ce type d’amputation de la moitié de leur origine, et ceux-là on ne les entend pas parce qu’ils n’ont pas le droit de parler. C’est très difficile de remettre en cause un système qui a permis qu’on vive, et qui nous a donné beaucoup d’amour. Au demeurant, il y a des souffrances, beaucoup d’enfants souffrent de ne pas connaitre leur père, on n’a pas le droit de les en priver délibérément.

Il n’y a pas de famille ni de parents parfaits, tout ne « va pas pour le mieux », dire le contraire est un déni monumental ! La parité homme-femme dans la famille est extrêmement précieuse pour compenser la toute-puissance de l’un ou de l’autre. Les Français sont 93 % (sondage IDFOP) à estimer que le père a un rôle essentiel à jouer. Cette dissymétrie dans la procréation, qui fait que nous sommes engendrés par un homme et enfantés par une femme, a du sens en termes d’écologie humaine. On se préoccupe des écosystèmes, mais l’écosystème familial est fait ainsi : nous sommes tous nés d’un homme et d’une femme !
Effacer cela par la loi et prétendre qu’il pourrait y avoir « mère et mère » comme l’affirme désormais cette loi, ou qu’on pourrait de manière indolore escamoter le père, c’est un abus et un déni de réalité : il y a beaucoup de souffrances liées à l’absence de père, malheureusement.

« Ce qui se dessine est une emprise de l’État sur la procréation » (France Culture, 24 septembre 2019)
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