Haro sur les bovins ! (1er février 2019)

Haro sur les bovins !

La viande sans viande vient de débarquer en Amérique. Elle a – paraît-il – le goût de la viande, l’aspect de la viande, et même sa texture. Mais ce n’est pas de la viande.
Cette drôle de pitance réjouit les adeptes de l’antispécisme. L’inventeur de ce mot, l’australien Peter Singer, conteste ce qu’il nomme le spécisme, la prétention de l’humanité à se croire supérieure aux bêtes, au point de se permettre de les asservir, de voler leurs œufs ou leur lait, et de les assassiner pour leur cuir ou pour les cuire. Singer affirme que végétalisme et véganisme sont des obligations morales. Dans le métro parisien, l’antispécisme assène ses dogmes : serrés comme des sardines, les usagers voient un poisson afficher sa revendication d’interdire toute pêche à la ligne dans la capitale – au nom de la souffrance animale – même si les « street fishers » remettent leurs prises à l’eau. Dans les gares, les affiches du groupe antispéciste PETA font carrément parler une poule et un veau : « Je suis quelqu’un. Ne me mangez-pas ». Aux États-Unis, la même PETA soutient les biologistes qui élucubrent une viande « in vitro », créée en laboratoire, sans passer par la vie animale. Antispécisme et transhumanisme font bon ménage.
Faut-il se réjouir d’une future éradication des bovins domestiques ? Les vaches vont-elles nous remercier de ne plus exister, après dix mille ans de domestication aboutissant à la magnifique « biodiversité » de leurs races ? À partir de l’auroch sauvage, l’homme a su poursuivre l’œuvre du créateur, en canalisant l’évolution.
Le sujet de la condition animale est délicat. D’un côté les antispécistes en sont arrivés à oublier la différence homme-animal, la violence inhérente à la prédation naturelle, et surtout la spécificité de la dignité humaine, que souligne à vingt-cinq reprises le pape François dans Laudato Si’. De l’autre, la façon dont a évolué l’élevage pose question.
À partir du dix-neuvième siècle, l’esprit de la révolution industrielle a pu dénaturer cette cohabitation amicale entre l’homme et l’animal – qui légitime la mise à mort de ce dernier par son éleveur. En 1907, le promoteur de la zootechnie, André Sanson, écrivait que l’animal n’était qu’une machine, au même titre que la locomotive.
Heureusement, de nombreux éleveurs continuent de prendre soin avec affection et respect de leurs animaux, sans leur imposer de souffrance inutile, mais sans non plus abandonner la saine hiérarchie homme-animal.
Chacun à sa place, et les poules seront bien gardées.
Haro sur les bovins ! (1er février 2019)
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2 thoughts on “Haro sur les bovins ! (1er février 2019)

  1. Emmanuel
    11 mai 2019 at 13 h 40 min

    Désolé pour mon erreur comique dans la citation de Georges Bernard Shaw.
    Il faut lire « Les animaux sont mes amis et je ne mange pas mes amis. »;)

  2. Emmanuel
    10 mai 2019 at 14 h 39 min

    Bonjour Tugdual,

    En réaction à ton billet d’humeur qui reprend des arguments souvent entendus, je te dirais que :
    -Je crois en la Parole de Jésus. Sur cette Terre, Jésus a montré un visage d’amour, et ce visage amour, de compassion inconditionnelle (l’ahimsa dirait Gandhi) doit selon moi embraser tout l’univers.
    -je suis végétarien de conviction, en marche vers toujours plus de compassion vis-à-vis de chaque être vivant, temple de Dieu. Et quand l’antispécisme défend un droit de vie à tout être sentient, sensible et enjoint à l’homme de ne pas abuser de sa position dominante pour exploiter et maltraiter l’animal, qui est tout autant sujet d’une vie que l’être humain, je le prend comme un message évangélique.
    -Je suis contre la viande in-vitro.
    -Je suis pleinement en accord avec les positions d’un mouvement comme Alliance Vita, pour défendre les valeurs de la Vie.
    Et pour moi, tout ceci est très cohérent et non contradictoire.

    J’ai une vision horizontale de la Création dans le sens où chaque être aspire à Dieu (« Tout ce qui existe te prie », Grégoire de Nazianze). Point n’est besoin de se créer une supériorité qui légitimerait notre violence vis à vis des plus faibles définis comme« inférieurs ». Point n’est besoin de trouver en nos frères non humains une utilité matérielle pour nous-même, pour leur donner un souffle divin. Sinon l’utilité d’exister, comme chaque être humain existe, pour se révéler sa part divine, dans sa relation à l’autre et à soi-même.
    J’ai également une vision verticale de la Création dans le seul sens où je reconnais la spécificité de la dignité humaine qui ne peut résider que dans l’amour et la protection de nos frères et soeurs, à commencer par les plus faibles nous dit Jésus, humains et non humains.
    Et je ne nie pas les différences entre l’être humain et un autre animal, différences dont les travaux en éthologie montre la subtilité, rendant caduques les « vérités » parfois très grossières qui ont pourtant perduré dans le temps.

    Je ne pense pas que nous ayions connu un âge d’or de la relation homme-animal auquel nous devrions revenir.
    La mise à mort à la ferme n’est pour moi pas « amicale » pour reprendre tes termes (« cohabitation amicale entre l’homme et l’animal – qui légitime la mort de ce dernier par son éleveur. »)
    On ne tue pas ses amis (bien que les partisans de l’euthanasie défende cette idée). Je reprendrai la phrase de Georges Bernard Shaw : « Les végétariens sont mes amis…et je ne mange pas mes amis ».
    Je pense qu’un autre rapport à l’animal existe depuis très longtemps, le végétarisme des jaïns, hindous, de certains bouddhistes, pythagoriciens, et autre sages, chrétiens ou non, comme Léonard de Vinci en atteste.

    C’est pourquoi, je pense qu’interroger nos pratiques alimentaires et notre rapport à la violence vis-à-vis des animaux est essentiel. Toute réflexion sur les alternatives à la viande et à l’abattage des animaux ne sont pas, je pense, à réduire à des initiatives d’industrie de laboratoire comme celle de la viande in vitro.
    Les alternatives existent déjà, en cohérence avec un mode vie d’écologie intégrale et de sobriété heureuse.
    Je souhaiterais que la vie des animaux auxquels on prélève le miel, la laine, les œufs voire un peu de lait, soit considérée comme sacrée par plus de personnes. Et que cela nous oblige à ne pas faire de l’insémination artificielle, ni d’autres brutalités, à ne pas les envoyer à la mort quand ils sont improductifs et à leur garantir une retraite paisible.
    Et je pense que ce n’est pas plus de l’angélisme que ne l’est la prise en compte des plus démunis dans la société humaine.
    C’est un choix de société. C’est un choix éthique et moral comme l’est celui de protéger la vie humaine. Je ressens que nous sommes tous, laborieusement, en chemin vers la sainteté, dans notre relation à nos frères humains et non humains.

    Fraternellement,
    Emmanuel

    Fraternellement,
    Emmanuel

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