Vous avez dit homophobe ? (18 mai 2018)

Le jour où débutent les débats parlementaires pour évaluer la loi bioéthique à réviser tombe, statistiques à l’appui, un mot qui soudain tétanise : homophobie ! C’est une officine médiatisée qui le brandit. Son nom, c’est son programme, apparemment incontestable : SOS homophobie. Mais l’homophobie est un concept à tiroirs. Et c’est là que les choses se corsent.

Je ressors mon grec ancien. φόβος : la peur, l’effroi. Peut-on interdire ou punir une peur ? La raisonner peut-être. En réalité, le mot homophobie vise à dénoncer la haine. La haine des personnes homosexuelles en général ou d’une personne en particulier, en raison de son homosexualité. La haine est un sentiment que seul celui qui l’éprouve peut discerner en conscience. Pas autrui. À moins qu’elle ne s’extériorise en injure ou en agression. Et là – c’est vrai – il faut agir dès que des personnes homosexuelles sont victimes d’insultes, voire de violences inadmissibles. C’est ce que sait dénoncer avec force SOS homophobie, exemples poignants à l’appui. Bravo !

Je n’ai coutume ni d’insulter, ni d’agresser. Si l’on m’accuse d’être homophobe, je plonge illico dans mon for intérieur. Je n’y trouve pas cette haine et je récuse l’accusation.

Mais la définition est étendue. Est aussi dit homophobe celui qui discrimine une personne à cause de son homosexualité.

Bien sûr, je suis d’accord ! Il faut combattre toutes les discriminations injustes. Mais voilà que la définition a glissé : SOS homophobie affirme qu’est homophobe toute personne qui conteste l’adoption homosexuelle, la PMA « pour toutes » et bientôt la GPA. Me voilà donc, avec des millions d’autres citoyens, amalgamé à une haine que je n’éprouve pas. Quand j’explique qu’être homosexuel n’oblige en rien à cautionner la discrimination que subit l’enfant qu’on prive délibérément de père ou de mère, rappelant que j’ai manifesté en ce sens avec des porte-paroles homosexuels, j’entends répondre que ces homosexuels eux-mêmes sont… homophobes !

Là, je dis stop ! La ficelle est trop grosse. Au nom des enfants, il faut dénoncer cette manipulation victimaire. A-t-on le droit d’utiliser les vrais actes homophobes et ceux qui les subissent pour discréditer et museler les opposants à la PMA sans père et à la GPA ? Peut-on laisser croire qu’être homosexuel implique de faire passer le désir d’enfant devant le droit de l’enfant ? Ce serait jouer avec le feu.

SOS homophobie se rend-elle compte qu’à la façon des pompiers pyromanes, elle risque d’alimenter cette homophobie qu’elle combat ? Je pose la question.

2 thoughts on “Vous avez dit homophobe ? (18 mai 2018)

  1. Poyaud
    24 mai 2018 at 12 h 36 min

    Les États généraux de la bioéthique ont permis aux citoyens de se prononcer et d’argumenter en vue d’éventuelles évolutions. La question du droit de l’enfant s’y est révélée particulièrement importante. Ce ‘curseur’ éthique permet de mettre en lumière que nous, adultes, sommes amenés chacun à travailler notre rapport à la limite et au sens de la chair. Il serait bénéfique pour tous les citoyens, à mon sens, de dépasser un clivage manquant de réflexion entre les deux figures souvent médiatisées telles que les décrit le philosophe E. Fiat : celle du ‘progressiste ouvert, civilisé, délesté du passé, affranchi, optimiste, connecté’ et favorable à de multiples transgressions parfois fondatrices ; celle du ‘réactionnaire fermé, obscurantiste, archaïque, ringard, démodé, obtus, crispé’ devant toutes ces évolutions.
    À ce titre, l’enfant avec sa dignité propre mérite sûrement une attention délicate à l’aune de sa vulnérabilité qui n’est pas sans rappeler celle du ‘grand âge’ auquel le CCNE s’intéresse dans un avis tout récent.

    1. Yanno
      1 mars 2019 at 15 h 25 min

      J’ai bien lu votre article, et si je suis d’accord avec vous dans les grandes lignes, je suis par ailleurs sidéré par le fait que je n’ai plus le droit d’être contre ces pratiques qui me révulsent. Ces gens là, je n’ai pas l’habitude de les agresser, je les ignorent, mais eux ont le droit de parader, en faisant du prosélytisme pour leur cause; Quand on parle d’homophobie, oui ces gens là me font peur! Peur de leurs dépravations, peur je dirais de leur (« innature ») je veux dire par là, contre nature. Je ne connais pas une telle chose perpétrée dans la Nature,sinon par les humanoïdes. Je n’adhère pas à ces pratiques, et ne veux absolument pas qu’on me les imposent.
      Quant à toutes ces associations « Théodules  » du nouveau monde, qu’elles prêchent dans leurs communautés sans imposer à d’autres leurs Croyances et autres Us. Heureusement je crois encore à ma Liberté de penser.

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